Sortie en novembre 1999, première revue théâtrale et artistique martiniquaise, Parallèle 14 est une production du CDRM et de l'Association Racines.

Au sommaire du n°1 :

EDITORIAL : PAWOL DOUVAN
Une naissance attendueCLIQUEZ POUR LIRE CET ARTICLE

ECLAIRAGE
Le Théâtre de Saint-Pierre avant la catastrophe de 1902

POINT DE VUE
Un théâtre en marche
Quelle scénographie pour quel théâtre ?

PARCOURS
Georges Mauvois : un homme, un auteur
*Histoire de vie
*Interview // 2 mo 4 pawolCLIQUEZ POUR LIRE CET ARTICLE

DOSSIERS
Henri Melon, un pionnier du théâtre antillais
*Portrait // Potwé
*Analyse // Dékatjaj : « Fils de la nuit », pièce d’Henri Melon
*Interview // 2 mo 4 pawol

COMPTE RENDU
Atelier d’écriture théâtrale autour de l’imaginaire caribéen
Journal de bord du stage de construction d’écriture dramatique proposée par le CDRM

SIGNALEMENTS
Institutions culturelles en Martinique à l’aube de l’an 2000
Les productions théâtrales de la saison 1999 . 2000

NOUVELLE
"L’arrestation" de Gerty Dambury
 

Points de vente :

Le CDRM
Ancien Hôpital Civil – rue Carlos Finlay Quartier Ermitage 97200 Fort-de-France

L'ATRIUM
6 rue Jacques Cazotte 97200 Fort-de-France

Librairie la Pensée
57 avenue Jean Jaurès 97200 Fort-de-France

Librairie Alexandre
29 rue de la République 97200 Fort-de-France

Librairie Plaisir de lire
35 rue Lamartine 97200 Fort-de-France

Centrale Catholique Martiniquaise
57 rue Blénac 97200 Fort-de-France

L'HARMATTAN
16 rue des Ecoles
75005 PARIS

COUP DE THEATRE
7 rue des Moulins
75001 PARIS

LIBRAIRIE THEATRALE
3 rue Marivaux
75002 PARIS
 
 

Parution semestrielle
Prix : 60 F
Offre d'abonnement  : 2 numéros pour 80 F

Renseignements et souscriptions
au
(596) 70 46 45

 

UNE NAISSANCE ATTENDUE

La NAISSANCE DE LA REVUE PARALLELE 14 REPOND A UNE NECESSITE reconnue par tous les passionnés de culture antillaise, et, plus particulièrement, par les amateurs de théâtre qui sont de plus en plus nombreux dans notre pays.

Bien que relativement récent, cet engouement, cette «soif nouvelle », comme dit Aimé Césaire, dépasse aujourd’hui largement les limites de la classe intellectuelle pour toucher désormais un public à la fois plus large, plus populaire et plus jeune.

Par ailleurs, on, assiste à l’émergence notoire, bien qu‘encore timide, d’une nouvelle lignée d’écrivains de théâtre caribéen, traitant de thèmes propres à éveiller notre intérêt parce qu’ancrés dans notre réalité. Ces nouveaux auteurs semblent avoir compris que la simple présentation d’une grande pièce du répertoire exogène – dont il n’est cependant pas question de se priver – ne pourrait se substituer totalement à l’écriture originale d’un auteur culturellement impliqué dans notre singulière communauté. Singulière parce que née de l’arrachement, parce que réprimée sociologiquement et idéologiquement, parce que soumise à une histoire chaotique et à un brassage racial d’abord fondé sur la violence et la discrimination…

En dépit de cette trame particulièrement tragique que constitue l’avatar scandaleux de l’esclavage, les Antilles et leurs peuples ont su construire et préserver une authentique culture avec ses modes de vie ses propres formes de pensée et d’expressions – chants, danses contes traditionnels – tournées vers des forces de liberté et de créativité.

La Martinique n’a longtemps connu que le passage ponctuel de troupes théâtrales venues de l’extérieur. Pendant près de quinze ans, par exemple, la compagnie Jean Gosselin régna sur la scène théâtrale martiniquaise, proposant aux scolaires et à la population son répertoire mi-classique, mi-vaudevillesque.

Il ne s’agit pour nous, bien entendu, ni de jeter l’exclusive sur telle ou telle forme théâtrale jugée désincarnée, obsolète ou plus ou moins «politiquement correcte », ni de rester frileusement  enclos dans «la calebasse de notre île », mais nous ne pouvons ignorer que, malgré le chemin parcouru, il nous reste à découvrir un espace encore inconnu, au gré de l’inspiration de nos auteurs et d’explorer ainsi de nouvelles formes d’expression qui devront désormais s’épanouir sans contrainte au sein d’une tradition régénérée et acquise à la modernité.
 

Au concept de théâtre spontané, nous devons ajouter celui d’un théâtre complet qui, plongé dans la contemporanéité, doit pouvoir bénéficier des apports de tous les autres arts comme la musique, la danse et les arts plastiques. Nous sommes persuadés que cet élargissement saura répondre à la quête d’une esthétique caribéenne entamée depuis quelques décennies par des auteurs, des metteurs en scène et des comédiens antillais.
Sans renier aucun de nos multiples apports culturels, nous souhaitons participer à l’affirmation d’une identité qui fut trop longtemps niée ou menacée. L’heure n’étant plus au lamentations stériles, nous tenterons d’établir une synthèse harmonieuse entre ancien et nouveau, entre tradition et modernité.
Par ailleurs, nous sommes contraints de constater que nous ne disposons, en Martinique, que de peu de critiques ; les comptes rendus de pièces sont sporadiques et manquent de teneur analytique. Fort de ce constat, nous souhaitons donc ouvrir nos colonnes afin d’informer  de façon constructive le lecteur avec rigueur et objectivité.

Un de nos autres objectifs est d’impulser l’écriture théâtrale en confrontant directement écrivains et public.
C’est dans cet état d’esprit que nous publierons des rapports de séminaires et  le résumé de tables rondes.
La revue PARALLELE 14 sera :
- Un outil de référence de l’histoire du théâtre en Martinique avec notamment la présentation des différents compagnies qui ont vu le jour depuis une trentaine d’années, démarche d’autant  plus importante que la mémoire et les repères historiques de nos sociétés ont toujours été occultés.
- Un outil de réflexion sur les formes et les axes de recherche du théâtre caribéen.
- Un outil d’information sur la vie culturelle et artistique en plein essor dans nos îles.
- Un moteur de recherche qui favorisera la création artistique et qui comportera : des extraits de pièces inédites, des nouvelles, des poèmes et toutes autres formes littéraires qui pourraient servir de support aux investigations théâtrales, nourries par des mémoires multiples.

De ce fait, nous espérons que cette revue répondra aux attentes d’un public passionné et curieux de découvrir le monde théâtral, culturel et artistique de la Martinique et de la Caraïbe.

L’édition de la revue semestrielle PARALLELE 14 sera pour nous l’occasion d’avoir une réflexion au sujet d’un vocabulaire spécifique théâtral faisant pendant à nos recherches et répondant à notre souci d’établir des passerelles entre la langue orale et la langue écrite. Dans cet esprit nous proposons un lexique théâtral français-créole que nous compléterons à chacun de nos numéros.

   Cette revue est une production du CDRM et de l’association racines.

    Michèle Césaire
    Directrice du théâtre des Antigones. CDRM

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INTERVIEW DE
GEORGE MAUVOIS
  2 MO 4 PAWOL

Michèle Césaire
 Avec la participation de Marie-Ange Bernabé



    Michèle Césaire : Quand avez-vous commencé à écrire pour le théâtre et pourquoi ?

En 1962 ou 1963 avec la pièce de théâtre Agenor Cacoul. Je voulais, par le théâtre, tenter d’agir sur la société. Agenor Cacoul a été ma première tentative de fixer par le théâtre l’état de la société de l’époque à laquelle j’écrivais.
C’est le tableau de ce qui se passait dans les mairies réactionnaires. C’était le temps des abus, des passe-droits, des humiliations infligées aux petites gens.
    A l’époque où j’ai écrit cette pièce qui relate l’histoire d’une grève d’ouvriers agricoles, les grèves traditionnelles étaient des grèves marchantes dont vous avez peut-être entendu parler. Elles se déclenchaient alors sur une habitation dans le Sud ou dans le Nord et puis les ouvriers de la canne à sucre marchaient d’habitation en habitation, pour faire débrayer les autres ouvriers. C’était en tout cas très caractéristique de la société martiniquaise telle qu’elle fonctionnait à l’époque des usines à sucre.

L’histoire est donc celle d’une grève insurrectionnelle qui se développe d’habitation en habitation. Dans la pièce, les faits se déroulent dans une commune dotée d’un maire typique et chacun a cru y reconnaître un maire de sa connaissance alors que je n’en visais aucun en particulier. On m’a cependant dit par la suite : « Ah ! mais celui là, c’est untel ! » On y retrouvait pratiquement tous les maires de nos municipalités de droite.
Le maire est le héros principal de la pièce. Son vis-à-vis, son protagoniste est un ouvrier agricole qui va perdre son enfant, faute d’avoir pu obtenir un bon de soin gratuit pour le faire soigner. L’affaire se termine par un affrontement entre les ouvriers agricoles et les forces de l’ordre.
    A propos d’Agenor Cacoul, je vous avoue que j’ai écrit cette pièce en un court laps de temps, sans penser qu’elle serait publiée ni même jouée.
    Elle a été publiée comme annexe à une revue du parti communiste qui s’appelait Action. Je croyais qu’on allait la lire entre militants ou entre sympathisants, mais elle a été représentée en France dans le milieu des étudiants. Beaucoup d‘étudiants m’ont dit avoir joué dans Agenor Cacoul. A cette époque, je ne savais pas qu’elle avait été portée sur scène.
    Par la suite, la pièce a été retenue comme l’une des premières qui ait tenté de mettre en valeur le créole : j’y faisais parler les personnages tantôt en créole, tantôt en français, selon leur statut. L’ouvrier agricole parlait créole et le maire s’exprimait en français lorsqu’il s’expliquait avec les ouvriers agricoles.
    On peut trouver cette pièce en librairie car elle a été rééditée, conjointement avec une autre pièce : Misié Molina.

    M. C. : Après, que s’est-il passé en ce qui concerne l’écriture théâtrale ?

Après je n’ai pas écrit du tout. Ca se passe au début des années 60 et après j’ai été pris par mes activités professionnelles.
Pendant très longtemps j’ai été révoqué des PTT. En 61, j’ai fait partie du groupe des fonctionnaires qui ont fait l’objet d’un arrêté d’expulsion du Préfet, cela en application d’un texte du gouvernement qui permettait de déplacer d’office les fonctionnaires. Nous avons refusé ce déplacement. J’ai été révoqué de 61 à 75, c’est-à-dire pendant quatorze ans. Nous étions quatre : Armand Nicolas, Walter Guitteaud, Guy Dufond et moi-même. A cette époque là, j’étais plus préoccupé de poursuivre l’action militante et de trouver des moyens de vivre que d’écrire du théâtre. Alors, j’ai pratiqué l’apiculture, l’aviculture puis en 68, j’ai fait mon droit pendant quatre années. Je suis entré au barreau puis je l’ai quitté lorsqu’est intervenue une  mesure de réhabilitation des fonctionnaires. J’ai hésité mais j’avais peu de chances d’avoir une retraite au barreau, j’ai dù réintégrer mon administration. Mais en 80, j’ai à nouveau regagné le barreau. Quand Georges Gratiant a quitté son cabinet, il m’a proposé se prendre sa suite. J’en suis reparti en 82 pour rentrer à nouveau dans les PTT. J’y suis resté encore trois ans avant de prendre ma retraite.
C’est pour vous expliquer qu’à cette époque là, le théâtre n’était vraiment pas ma préoccupation essentielle.

    M. C. : Vous considérez-vous comme un auteur engagé ?

Oui, dans un certain sens. Mon objectif est la satire de la société, pas forcément sur le seul plan politique, comme au temps d’Agenor Cacoul mais sur celui plus général de la vie sociale.

    Marie-Ange Bernabé. : donc, après votre réhabilitation, qu’avez-vous produit ?

Je suis revenu au théâtre en 89-90 parce que j’ai rencontré par hasard les animateurs du Pouki pa Téat dont Berard Bourdon. J’ai suivi leur travail et cela m’a inspiré quelques pièces nouvelles  dont Man Chomil, Misiè Molina et une pièce que nous sommes en train de monter actuellement  et qui s’appelle Arrivé de Paris.
J’ai écrit aussi une pièce qui s’appelle Nasse et Filbec et une autre qui n’a pas encore été jouée : Le Guichet.

M. C. : Toutes ces pièces ont-elles été montées uniquement par le Pouki pa Téat ou           par d’autres groupes ?

Non, le Pouki pa Téat n’a monté que Man Chomil. Les deux autres ont été montées par le CDR. Il s’agit de Misiè Molina et Nasse et Filbec. On a  tenté de monter à nouveau Agenor Cacoul mais ça n’a pas réussi du tout car nous n’avions pas les moyens nécessaires.

M. C. : Les pièces dont vous nous avez parlé, Man Chomil, Misiè Molina, sont-elles éditées ?

Oui, toutes sont éditées. Mais en plus, j’ai traduit en créole deux du répertoire classique : Don Juan et Antigone
Ce sont des expériences. Autrement dit, j’ai fait ça sans certitude quant au résultat.
    Une traduction d’auteur classique en créole comme Antigone, je l’imagine surtout à la radio soutenue par une voix comme celle de Joby Bernabé. Je trouverais cette expérience-là formidable. L’ensemble des martiniquais verraient que les auteurs grecs disaient à leur époque des choses passionnantes pour un public créolophone d’aujourd’hui.

    M. C. : Avez-vous des thèmes préférénciels ?

Ma préférence va à un théâtre de patrimoine. Je voudrais sauver de l’oubli la manière dont le peuple vit aujourd’hui.
Le thème qui m’inspire le plus, c’est l’impunité dont jouissent les tricheurs et les moyens utilisés pour tourner les règles qui fondent une société démocratique.
    L’instruction civique qu’on nous enseignait autrefois manque à  la société. La vie est régie par la débrouillardise. Il s’agit de la vie publique et non pas de la vie privée des gens
    Dans Man Chomil, je dénonce mine de rien la dictature du bureau sur l’individu. Quand j’étais en fonction dans les PTT, je regrettais qu’à nos guichets on ne comprenne pas assez que la politesse et la courtoisie sont des éléments précieux de la qualité de la vie.

M. C. : Quels sont vos souhaits pour la culture martiniquaise et plus précisément pour   le théâtre ?

Qu’il y ait beaucoup d’auteurs, beaucoup de pièces. Que le théâtre soit à la fois de qualité et qu’il parle au public. A mon sens, on ne doit pas se focaliser sur un  type de théâtre particulier. Je suis personnellement partisan de la diversité du théâtre.
    Si on se place sur le plan de la réalisation, je crois qu’il faut qu’il y ait davantage de bons interprètes et qu’il y ait des structures de formation qui permettent d’avoir une garantie que le spectacle sera aussi bon que possible. Ce n’est pas encore le cas maintenant. Je pense que l’amateurisme est un peu trop généralisé. Au point où nous sommes, on devrait disposer d’unt plus grande palette de comédiens de qualité.

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